24 Janvier 20 h 00

L’Assemblée  de Mariana Otero

Discussion animée par
Arnaud Gendron Laville Professeur de philosophie

                    Lontzi Amado Borthayre Professeur de sciences économiques et sociales                    

Le 31 mars 2016, place de la République à Paris naît le mouvement Nuit debout. Pendant plus de trois mois, des gens venus de tous horizons s’essayent avec passion à l’invention d’une nouvelle forme de démocratie.
Comment parler ensemble sans parler d’une seule voix ?

Dans ce documentaire sur Nuit debout, la réalisatrice épouse la fragile effervescence du mouvement. Et y décèle la naissance d’un nouvel élan.

Dès le lendemain du 31 mars 2016, où Nuit debout a éclos place de la République à Paris, Mariana Otero a filmé le mouvement. Elle ne s’est plus arrêtée jusqu’en juillet, quand la foule s’est dispersée. Auteur de documentaires marquants (Histoire d’un secret, sur la mort de sa mère, Entre nos mains, sur la mobilisation d’employés d’une usine de lingerie en liquidation), la réalisatrice invente une forme qui s’accorde avec son sujet : le film n’a pas de personnages principaux, tout comme Nuit debout s’est passé volontairement de leaders.Les aléas,l’irrégularité piment sur la narration, de la même façon que le mouvement bricola au fur et à mesure ses règles et son identité.

Mariana Otero aime, à l’évidence, ceux qu’elle filme. Elle se tient, politiquement, de leur côté. Mais la beauté du résultat tient à la saisie de l’immense bizarrerie de ces rassemblements quotidiens : rien n’allait de soi, tout était fragile. On sent l’émotion de ceux, si divers, qui s’improvisent orateurs, leur difficulté à se faire entendre — un atelier « mégaphone » se crée, dont la matière première est du carton… On mesure le casse-tête de l’organisation : durée des prises de parole, codes à l’usage du public, formation de commissions et d’intercommissions thématiques, arbitrages collectifs de toutes sortes… Le tout sous la pluie, la plupart du temps : « La météo est vraiment de droite », ironise une participante.

Un fil conducteur inattendu s’impose donc, comme un préalable à la lutte idéologique (contre la loi El Khomri, alors en passe d’être votée au

Parlement) : la forme à donner au mouvement. L’assemblée populaire est-elle souveraine ou pas ? Y vote-t-on ou non ? La foule est-elle constituée de spectateurs ou de débatteurs ? Ces discussions exaltées, qui semblent remonter à l’agora antique, en appellent aussitôt d’autres en réaction : « Nuit ­debout verse dans le culte de l’organi­sation », proteste un tel. « La forme, c’est politique, répond une autre. Allez préparer des actions ailleurs ! »

Le film montre aussi l’essouf­flement, la fatigue, le défaut d’unité : « Assez de blabla, il nous faut une concorde ! » Mariana Otero constate la fin du rassemblement, mais comme celle d’un premier acte, laissant des envies de refaire le monde, à coups d’idées échangées. L’élan collectif qu’elle capte renvoie d’ailleurs à l’engouement suscité en ce moment par 120 Battements par minute, où la discussion politique tient une place cruciale. Et bien sûr, au climat d’effervescence, lui aussi imprévisible, de cette rentrée sociale.

Publicités

21 Février -20h00

       THERE WILL BE BLOOD  de Paul Thomas Anderson

Du cinéma  puissant et viscéral,
une fresque  sur l’Amérique d’hier ….

Lorsque Daniel Plainview entend parler d’une petite ville de Californie où l’on dit qu’un océan de pétrole coulerait littéralement du sol, il décide d’aller tenter sa chance et part avec son fils H.W. à Little Boston. Dans cet endroit perdu où chacun lutte pour survivre et où l’unique distraction est l’église animée par le charismatique prêtre Eli Sunday, Plainview et son fils voient le sort leur sourire.
Même si le pétrole comble leurs attentes et fait leur fortune, plus rien ne sera comme avant : les tensions s’intensifient, les conflits éclatent et les valeurs humaines comme l’amour, l’espoir, le sens de la communauté, les croyances, l’ambition et même les liens entre père et fils sont mis en péril par la corruption, la trahison… Et le pétrole.

La critique Telerama

 Genre : la fièvre dans le sang.

Durant de longues minutes, rien que des bruits : de pelles, de pioches, à la recherche d’or. Puis d’or noir. Souffles, ahanements. Stridences, aussi, qui composent l’une des plus belles musiques de film de ces dernières années (signée Jonny Greenwood, de Radiohead)… Le film, ample et lent, est, si l’on ose dire, une fresque intimiste. Un duel où s’affrontent l’or et la foi. D’un côté, un self-made-man à l’ambition forcenée et à la paranoïa insidieuse — Daniel Day-Lewis, seul comédien suffisamment talentueux pour nous persuader qu’en faire trop, c’est pas assez. De l’autre, un être pâle, malingre, effacé, qui, pour la gloire de Dieu, s’empare de l’âme de ses ouailles à coups de sermons et d’exorcismes… Entre capitalisme et Eglise, c’est une lutte à mort. Pour ce film, Paul Thomas Anderson a changé de style. Les plans-séquences de Boogie Nights ont cédé la place à des travellings secs, qui évoquent Erich von Stroheim dans Les Rapaces. — Pierre Murat

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑